Le regain brutal d’antisémitisme qui sévit en
France ces jours-ci était prévisible et ne devrait surprendre personne,
lance en entrevue l’un des plus importants intellectuels Juifs de
France, Daniel Sibony.
Docteur en Philosophie et en Mathématiques, Psychanalyste réputé,
Arabisant chevronné
et fin Exégète de la Bible, Daniel Sibony est l’auteur d’une trentaine
de livres, dont plusieurs consacrés au conflit israélo-palestinien, aux
religions monothéistes, à l’Islam et au dialogue interreligieux.
Son dernier essai : « De l’identité à l’Existence. L’apport du peuple juif » (Éditions Odile Jacob, 2012).
Une réflexion originale et percutante sur l’apport important de l’Identité juive aux autres Identités culturelles.
Daniel Sibony était récemment de passage à Montréal à l’invitation de
l’Institute for the Study of Global Antisemitism and Policy
(I.S.G.A.P.), fondé et dirigé par le Professeur Charles Small.
Il a prononcé une conférence sur l’antisémitisme à l’Université
McGill et une conférence sur son nouveau livre à la Congrégation Or
Hahayim de Côte Saint-Luc.
Il nous a livré au cours d’une entrevue ses réflexions sur l’épineuse question de l’antisémitisme en France.
Canadian Jewish News : La France a connu ces derniers mois un regain d’antisémitisme fort inquiétant.
Ce problème délétère semble être récurrent et inéluctable ?
Daniel Sibony : Je ne suis pas inquiet par nature.
Mais cela fait une trentaine d’années, depuis la publication de mon
livre « Les trois Monothéismes. Juifs, Chrétiens, Musulmans entre leurs
sources et leur destin » (Éditions du Seuil, 1992),
que je ne
cesse de souligner le fait que les textes fondateurs de l’Islam
contiennent des passages très violents à l’endroit des Juifs et que si
des esprits fragiles les lisent, ils peuvent vouloir les appliquer à la
lettre en passant à l’acte, c’est-à-dire en perpétrant des forfaits
antisémites.
Il faut donc s’attendre à ce qu’il y ait en permanence un
nombre assez important d’esprits faibles, ou d’état limite, susceptibles
de justifier leurs actes antisémites en arguant qu’ils n’ont fait que
mettre en pratique des textes de l’Islam.
Des journalistes, des écrivains et des intellectuels
Français qui ont posé le principe qu’il n’y avait rien de discutable ou
de problématique dans l’Islam s’étonnent aujourd’hui de cette
recrudescence de l’antisémitisme en France.
Par conséquent, quand ils voient que la réalité produit des actes
antisémites très violents, qui les étonnent, mais qui ne m’étonnent pas
du tout, ils se disent abasourdis.
Ces derniers se demandent alors : “Comment un Mohammed Merah est-il possible ?”
J
e dénote une certaine hypocrisie dans leur réaction.
Il est très clair, qu’à l’instar d’autres islamistes,
Mohammed Merah est passé à l’acte après avoir lu des textes du Coran
truffés d’invectives contre les Juifs.
Les crimes qu’il a commis lui ont donné une force identitaire dont il avait besoin.
Il ne faut donc pas s’étonner de ce qui se produit aujourd’hui en France.
Cependant, les choses ne sont pas encore jouées parce que rien ne dit
que l’État et l’establishment français ne vont pas réaffirmer les Lois
de la République, qui sont quand même assez claires en ce qui a trait à
la lutte contre l’antisémitisme.
Daniel Sibony
C.J.N. : Donc, le délire antisémite maladif des islamistes
radicaux puise son essence dans des sourates coraniques recelant des
poncifs anti-juifs.
Daniel Sibony : Au cours d’une rencontre-débat avec un intellectuel Musulman spécialiste de l’Islam, Ghaleb Bencheikh,
animateur de l’émission Islam, diffusée les dimanches matins par la Chaîne de Télévision France 2,
ce dernier a dit : “Les terroristes islamistes qui se réclament de
l’Islam n’ont rien à voir avec cette religion parce que celle-ci
interdit de tuer”.
Pour corroborer son assertion, Ghaleb Bencheikh a cité un verset du Coran : “Ne tue pas l’homme que Dieu a sacré”.
Je lui ai alors demandé de me préciser quel était ce verset coranique ?
Il me l’a nommé. J’ai ouvert mon Coran et lu intégralement ce verset :
“Ne tue pas l’homme que Dieu a sacré, sauf pour une cause juste”.
Des intégristes peuvent donc se réclamer de ce même verset, tout en maintenant un lien avec le texte originel.
Ces fondamentalistes Musulmans ne sont pas pour autant des renégats.
Dans l’Islam, la dialectique entre les modérés et les extrémistes est
plus subtile qu’on ne le pense.
Il n’y a pas une opposition violente entre ces deux courants de l’Islam.
Il n’y a pas une bande d’islamistes fous qui exercent une violence aveugle.
Il y a une bande de jeunes Musulmans en mal d’Identité forte qui
trouvent celle-ci dans les textes fondateurs de l’Islam et exercent
ensuite une violence ciblée.
C.J.N. : L’antisémitisme débridé de nombreux jeunes Musulmans
Français ne nous contraint-il pas à dresser un constat d’échec : celui
du modèle d’Éducation de la France ?
Daniel Sibony :
En tant que Psychanalyste, je pense
profondément que quand des jeunes Musulmans se livrent à des attaques
contre des jeunes Juifs, qui font qu’aujourd’hui la moitié des enfants
Juifs ne peuvent pas s’inscrire dans les Écoles publiques, ils
commettent ces actes antisémites ignobles pour exprimer des idées qu’on
leur a inculquées chez eux.
Les parents de ces jeunes Musulmans condamnent rarement la violence antisémite de ces derniers.
Il y a un grand travail d’Éducation à faire. Un travail
d’élaboration, de rapport aux textes, qui n’a jamais été fait dans
l’Islam.
Il est impératif de reléguer les textes du Coran dans l’espace qui
est le leur et d’empêcher leur application dans la vie concrète.
Ce travail a été fait pendant des siècles dans la Bible juive, qui contient aussi des passages très violents.
Une violence extrême qui oppose non pas des Juifs à des non-Juifs mais des Juifs à d’autres Juifs.
Pourtant, ces passages violents n’ont jamais été mis en pratique par les Juifs dans leur vie quotidienne.
Par exemple, dans le Livre Deutéronome, on enjoint les
Juifs d’exterminer tous les habitants d’une ville si celle-ci se livre à
l’idolâtrie.
Aucun Juif n’a jamais mis en application cette injonction sacrée.
C.J.N.:Les Autorités françaises semblent impuissantes face à la
montée en force de l’islamisme radical sur le Territoire hexagonal.
Daniel Sibony : Je pense que l’Europe, et en particulier la France, a
préféré ignorer la violence antisémite que recèlent des textes de
l’Islam.
Il y a quelques années, j’ai écrit au Ministre français de
l’Intérieur pour lui demander si ça ne lui posait pas problème que dans
les Écoles coraniques de la République française on enseigne à des
enfants Musulmans des textes coraniques très hostiles envers les Juifs ?
On m’a répondu qu’au nom de la laïcité, le gouvernement français n’avait pas à se mêler du contenu de ces textes religieux.
Autrement dit, en France, si quelqu’un vous traite de sale Juif, il encourt une peine de prison.
Mais si ce dernier enseigne à deux cents élèves que
le Coran considère les Juifs comme des pervers, il n’encourt aucune
peine judiciaire parce qu’il s’agit d’un texte religieux.
C.J.N. : Le dialogue intercommunautaire judéo-musulman n’est pas
parvenu à atténuer l’antisémitisme qui sévit aujourd’hui dans de larges
pans de la Communauté musulmane de France.
Daniel Sibony : Les Institutions communautaires juives et musulmanes
de France ont chacune une Section spécialisée dans le dialogue
interreligieux, mais je doute que la symbiose ou la discussion libre et
franche soit très courante entre ces Institutions communautaires.
Même en admettant que ce soit le cas, c’est au mépris de la réalité
basique : aujourd’hui, dans certains quartiers de Paris et d’autres
villes de France, des Juifs peuvent aisément se faire attaquer par des
jeunes Musulmans.
Par ailleurs, dans des Écoles publiques où l’on a apposé
près de la porte d’entrée une plaque de marbre remémorant les noms des
anciens élèves Juifs de ces Établissements éducatifs qui ont été
déportés dans les camps d’extermination nazis pendant la Deuxième Guerre
mondiale, les directeurs de ces Écoles publiques déconseillent aux
parents d’enfants Juifs d’y inscrire ces derniers parce qu’ils ne
pourront pas assurer leur sécurité.
Dans beaucoup de lycées français, il y a des professeurs qui se
battent quotidiennement pour pouvoir enseigner l’Histoire de la Seconde
Guerre mondiale et de la Shoah.
Ils rencontrent de farouches résistances de la part de collégiens Musulmans.
Certains professeurs ont décidé de ne plus se battre.
Aujourd’hui, 40% à 50% des enfants Juifs Français ne sont pas scolarisés dans les Écoles publiques.
(...)
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